Les peuples heureux n’ont pas d’histoire…

Le 14 juin 2018, l’union régionale des centres sociaux et socioculturels de Poitou-Charentes tenait son assemblée générale. A cette occasion, Jean Limeuil, son président, faisait le bilan de l’année écoulée. 

On dit que « les peuples heureux n’ont pas d’histoire« . Les 4 fédérations qui forment l’Union régionale des Centres Sociaux de Poitou-Charentes en ont forgé une, longue de 30 ans, plutôt bien assumée sur la durée. Considérée au mieux comme un mariage de raison, cette union a connu les vicissitudes de toutes les constructions collectives, les périodes de doute et de remise en cause. Cependant, au fil des ans, elle a engendré une forme de vie commune dont nous pouvons peut-être tirer quelques leçons pour l’avenir.


Cette histoire a franchi des étapes incontournables : apprendre à se connaître, partager des valeurs, définir le sens et l’utilité de l’action, fixer des objectifs et se donner les moyens de les atteindre. Après bien des discussions, parfois tendues, un projet partagé a vu le jour, bientôt complété par une charte de fonctionnement fixant les principes d’action, les modalités de décision et les modes de représentation.
L’architecture de cette organisation, classique dans sa forme, est fondée sur le partage des responsabilités entre les fédérations. La mise en œuvre du projet est assurée par des commissions animées conjointement par des acteurs de statuts différents.
Présentée par certains comme une strate encombrante du fédéralisme, l’Union Régionale a su mettre en place des actions complémentaires à celles des fédérations, en y associant le plus souvent possible des acteurs de terrain. Peu à peu, cette stratégie a crédibilisé l’action régionale et lui a conféré une légitimité dans le réseau
Dans les faits, 3 axes de notre projet ont justifié l’utilité de l’Union : la coopération et la mutualisation entre les fédérations, le soutien aux CSC par la formation, l’articulation avec la fédération des centres sociaux de France dans la réflexion sur des enjeux de société. Citons comme exemples l’accès au droit, la place des Gens du voyage, la jeunesse, l’action culturelle, le développement des conditions du pouvoir d’agir, le bien vieillir, sans oublier les problématiques économiques de nos associations.
Parallèlement nous avons assuré une représentation politique auprès des partenaires régionaux, faisant ainsi valoir l’expertise des centres sociaux et la plus-value qu’ils apportent à la mise en œuvre des politiques publiques.
Au fil du temps, une confiance s’est instaurée entre professionnels et administrateurs. Elle a facilité la coopération et le désir de « faire ensemble » ce vieux cliché, vecteur essentiel de la relation humaine, condition première de la relation associative. Sans en avoir défini les contours nous avons installé entre nous une certaine éthique associative fondée sur la solidarité et la loyauté.
Cette expérience vécue, riche bien qu’imparfaite, peut être un atout pour la construction d’une nouvelle Union Régionale. Notre rapport d’activité illustre les avancées réalisées cette année autour des axes de notre projet. Parmi celles-ci, vous pourrez noter la journée régionale sur les droits culturels, la parution dans la collection Repères d’une brochure sur la place des gens du voyage dans notre société, ou bien encore le référencement de l’URECSO comme Organisme de Formation. Par ailleurs, l’installation et l’utilisation de la visioconférence entre nos 4 fédérations marquent une étape nouvelle dans nos modes de communication.
Cette année de transition, ponctuée par des réunions lointaines dans le cadre du projet Nouvelle Aquitaine, n’a pas toujours été bien vécue. La forte mobilisation des professionnels et des bénévoles dans cette démarche a perturbé notre fonctionnement et mis en évidence la fragilité de notre vie associative. L’accroissement des sujets à traiter, liés à de nouveaux enjeux, a mis à mal la disponibilité des salariés et des administrateurs. Ces derniers souvent à la traîne ont vu l’écart se creuser avec les techniciens. Et ceux-ci se sont peu à peu emparés du projet politique. La responsabilité en revient à une gouvernance qui n’a pas su créer ni maintenir l’équilibre entre la parole politique et l’argumentation technique.
Ce n’est pas un hasard, si les administrateurs de l’URECSO ont souhaité une formation sur le travail associé et les professionnels, un renforcement de la coopération interfédérale.
Quoi qu’il en soit, nos regards et nos énergies sont maintenant tendus vers la création d’une Union Nouvelle Aquitaine. Au-delà des considérations éthiques, méthodologiques et bien sûr politiques inhérentes à la construction d’une nouvelle entité, il n’est pas sûr que l’architecture associative qui a prévalu en Poitou-Charentes soit exemplaire.


Nouveau territoire, nouvelles configurations partenariales, nouveau réseau, tout concourt à la recherche d’un schéma d’organisation adapté à cette nouvelle donne. Or une structuration classique ne saurait y répondre.
L’enjeu étant de réfléchir à 4 sur un avenir à 7, avec l’évidence annoncée que le bloc picto-charentais est appelé à disparaître dans un projet qui place chaque fédération en face de ses responsabilités. Par conséquent, ne cherchons pas de solutions futures par le prisme de l’Urecso.
Dans un avenir proche, la coordination politique Nouvelle Aquitaine deviendra notre instance de gouvernance. Cette perspective n’interdit aucunement des coopérations et des mutualisations entre les fédérations du Poitou-Charentes. Les actions qui en découleront devront s’inscrire dans un projet global, et pourquoi pas sous la forme d’espaces thématiques territoriaux.
Nous mesurons tous la tâche qui nous incombe, exaltante mais difficile. Son ampleur et sa complexité supposent de tous les acteurs un engagement, une disponibilité, une envie de construire qui ne sauraient souffrir une molle et vague adhésion à ce projet ambitieux.
Enfin, pour cette (probable) dernière Assemblée Générale de l’URECSO, je voudrais remercier nos partenaires politiques et institutionnels (1) pour leur soutien aux projets du réseau régional.
Et surtout, je remercie chaleureusement les équipes fédérales (administrateurs et salariés) les centres sociaux et les personnes ressources qui donnent et continueront à donner leur temps et leur énergie pour que l’échelon régional du fédéralisme reste vivant.
Je souhaite qu’ils en éprouvent des satisfactions personnelles et collectives parce-que finalement «les peuples heureux ont peut-être besoin d’une histoire».

(1) Le Conseil Régional Nouvelle Aquitaine – la Fédération des Caisses d’Allocations Familiales Poitou-Charentes-Limousin, la CARSAT, la DRJSCS, la CPNEF